Police 2.0 : pratiques policières numériques, visibilité et démocratie

Je propose des pistes de recherche sur l’usage des nouvelles technologies, dont les réseaux sociaux web et les smartphones, dans le contexte policier en Suisse. Cette réflexion sera développée à l’occasion de la journée d’étude « Human profiling. Data, Bodies and Identities – Profils. Données, corps, identités » (EPFL et HEAD, 28 mars 2012)

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Le modèle de la « police de proximité » s’est décliné en Suisse dans de nombreux corps de police (Bolle et Knoepfler, 2000). Au centre du processus de légitimation de ce modèle se situe une préoccupation pour la visibilité policière et un travail constant sur l’image publique (Mawby, 2002).

Simultanément, l’usage des technologies numériques et des réseaux web s’est fortement développé en Suisse auprès de la population, mais aussi des entreprises et de certaines institutions publiques.

Dans ce contexte, plusieurs corps de police en Suisse préparent aujourd’hui activement des stratégies d’intégration de ces technologies à leurs activités et réfléchissent aux manières de tirer profit d’une présence web et de la création de pratiques policières numériques. La pluralité des usages potentiels des médias sociaux (tels Facebook et Twitter), des dispositifs numériques (reconnaissance automatique, géolocalisation, etc.) ainsi que des interfaces portatives (smartphone, tablette numérique, caméra embarquée, etc.), oblige à une réflexion sur les conséquences d’une telle “police connectée“ sur les formes classiques du travail policier et sur la perception publique de l’institution (Meyer, 2010).

Dans le contexte de la police de proximité, le maintien de la visibilité et de la confiance acquises en face-à-face avec la population engage une prudence supplémentaire vis-à-vis d’outils qui peuvent facilement être perçus comme suspects (surveillance panoptique, atteinte à la vie privée et aux libertés individuelles).

Peut-on envisager pour les policiers une «proximité en ligne» avec les administrés ? Comment la proximité en co-présence pourrait-elle être réinventée par les prothèses numériques ? Comment ces propositions seront perçues par les policiers de terrain ? Comment la compréhension publique de leurs missions pourrait être perturbée ou redéfinie par une visibilité numérique du travail ? Pour finir, les technologies numériques contribueront-elles à « l’énoncé des conditions d’une police démocratique » (Brodeur, 2008, p.268) ?

La tentation numérique soulève aujourd’hui des opportunités pour les institutions policières, mais aussi des problèmes nouveaux (fuite de données, scandales médiatiques, protection des fonctionnaires de police, etc.). Le projet de recherche se veut donc un déclencheur de questions sur l’usage policier du numérique, autant au niveau de l’organisation du travail (procédures, règlements, routines) qu’en lien avec certaines composantes de la culture professionnelle (discrétion, suspicion, solidarité intra-groupe) et de la perception publique de la police.

 

Bibliographie

BOLLE P.-H. et KNOEPFLER J., 2000. « Polices de proximité en Suisse : cinq modèles pour une définition », Cahiers de la sécurité intérieure, n° 39, p. 103-122.

BRODEUR Jean-Paul, « Que dire maintenant de la police ? » in MONJARDET Dominique, Notes inédites sur les choses policières, 1999-2006. Suivi de Le sociologue, la politique et la police, sous la direction d’Antoinette Chauvenet et de Frédéric Ocqueteau, Paris : La Découverte, pp.255-268.

MEYER Michaël, 2010. « Copwatching et perception publique de la police. L’intervention policière comme performance sous surveillance », Ethnographiques.org, n°21.

MAWBY Rob C., 2002. Policing Images : Policing, Communication and Legitimacy, Londres : Willan.