De la boxe au catch [comics8]

Si les couvertures et les splash pages des comic books partagent de nombreux traits avec les poses des boxeurs, la bande dessinée va toutefois produire une triple rupture par rapport à ces modes de représentation du combattant à mains nues.

  • Tout d’abord, les conventions dessinées permettent d’ajouter du mouvement dans la fixité classique des photographies de combats. Les trajectoires, la vitesse et la force des coups de poing sont données à voir par des signes conventionnels non-figuratifs, éléments absents des mises en image classiques de la boxe.
  • D’autre part, les superhéros transgressent rapidement le seul recours aux poings, pour assener leurs arguments à coups de pieds, coudes, genoux et tête. Les représentations s’inclinent alors vers celles existantes dans le monde de la lutte professionnelle et amateur, telle que figurée notamment dans les manuels illustrés.

Ci-dessus : Manuel de Billy Sandow et Ed “Strangler“ Lewis, Wrestling. Part one, Sandow-Lewis Inc.,1926, p.23.

  • Dernier élément, le comic book ajoute également au mouvement dans l’image dessinée toute une mise à contribution de la parole des héros : provocations, insultes, bons mots lâchés durant le combat. De ce point de vue, le comic book se rapproche encore plus du spectacle proposé par le catch, cousin déconsidéré de la boxe. Celui-ci constitue en quelque sorte le chaînon manquant entre le spectacle de foire et la boxe. Sa liaison avec le comic book peut s’observer dans l’investissement précoce de costumes et de noms de scène pour les combattants. Le catch, à l’instar du genre superhéroïque, mêle en effet étroitement performance sportive et performance théâtrale (Barthes, 1957).

Photographie par Jack Delano, Farm Security Administration, septembre 1941 –Library of Congress, USA.

Photographie par Russell Lee, Farm Security Administration, mai 1938 – Library of Congress, USA.

Laisser un commentaire