Un vendredi soir au théâtre de Guignol lausannois

Dans son édition du 7 juin 2013, le journal suisse Le Temps propose un reportage en « immersion » dans la police de Lausanne. Ce point de situation semble bienvenu après les crises successives traversées par l’institution. Embarquant pour une nuit de week-end, un journaliste et un photographe proposent de suivre « pas à pas » les patrouilleurs lausannois.

Photographie Eddy Mottaz, Le Temps, 7 juin 2013

Ils en tirent un diaporama (en accès libre sur le site du journal) de douze photographies. Ce qui frappe immédiatement, c’est que ce reportage photographique montre des êtres sans tête ou sans visage, des dos et des bras figés dans des gestes connotés : une main plaquée contre une vitrine pendant une fouille, un contrôle d’identité, un chien policier qui aboie en direction d’un homme contrôlé, quatre policiers emmenant un suspect menotté, deux policiers maintenant un individu au sol. Si elle peut soutenir une réflexion sur les méthodes de contrôle et d’arrestation, cette décomposition conduit surtout à une certaine abstraction, écartant toute possibilité de représenter les enchaînements d’interventions, leur contexte large (celui des choix en matière de politiques de sécurité des villes) ou leur contexte spécifique (la foule présente, souvent menaçante, sur les lieux). A aucun moment le photographe ne fait le choix de tourner son appareil et d’élargir notre champ de vision. L’action et la contrainte physique captent le regard. Cette focalisation est renforcée par des légendes minimalistes et ambiguës. Lire la suite