Réflexions

L’autre Europe: quelques réflexions d’un historien

deutscher Text unten

Le titre de mon projet s’inspire d’un livre de Giuseppe Galasso, « l’Altra Europa » (L’altra Europa: per un’antropologia storica del Mezzogiorno d’Italia. Milano: Mondadori, 1982: l’historien napolitain postulait au milieu des années 1980 une altérité anthropologique du sud – et du centre – de l’Italie par rapport à « l’Europe », ou à la majorité des autres pays européens. Cette thèse devrait naturellement être discutée de manière critique, en tenant compte de la diversité des pays et des régions du sud du continent. Néanmoins, les images de l’Italie, comme lieu topique du sud en général, nous ramènent aux problèmes de l’altérité, de la découverte de l’autre et des rapports avec le divers, longtemps étudié par T. Todorov, (par ex. : Nous et les autres, Paris, Le Seuil, 1989) : un problème qui reste actuel dans les rapports entre les pays du Centre-Nord et du sud de l’Europe.

Ce problème est fondamental non seulement pour l’Italie ou pour les pays du sud, depuis le XVIIIe siècle les objets d’une observation intéressée et constante – entre autres par les intellectuel-le-s et voyageurs du nord – mais encore plus pour le reste de l’Europe, qui au travers de sa vision de l’altérité a défini et continue de définir une propre identité. C’est en réfléchissant sur les autres que l’Europe – influencée entre autres par plusieurs penseurs espagnols tels que Bartolomé de las Casas ou Francisco Vitoria – a développé une idée des droits naturels et des droits de l’homme.

L’idée est donc celle d’une interdépendance profonde entre les différentes parties de l’Europe, entre le Nord et le sud, pour simplifier. Matteo Salvini, le ministre de l’intérieur de la Lega italienne, est en partie le produit d’une politique migratoire européenne sans perspectives et sans cohérence – « la politica dello scaricabarile », dirait-on en italien : Italie, Espagne et le reste de l’Europe sont en interaction constante. En même temps, la Lega italienne se fonde historiquement sur un sentiment de supériorité du Nord de l’Italie face au « Meridione », le sud du pays. L’Espagne, de son côté, a souvent été assimilée à un sud un peu exotique, mais représente historiquement un cas très différent par rapport à l’Italie. Il sera donc intéressant de débattre sur l’altérité des pays du sud, mais aussi sur la diversité entre ces pays.

Hypothèses : Etat, religion, réseaux sociaux

Les images de l’Italie, comme lieu topique du sud en général, nous ramène aux problèmes de l’altérité, de la découverte de l’autre et des rapports avec le divers, longtemps étudié par T. Todorov. Ce problème est fondamental non seulement pour l’Italie, l’objet de l’observation, mais encore plus pour le reste de l’Europe, qui au travers de l’altérité a défini et continue de définir une propre identité.

Mais la plupart du temps la réflexion sur l’autre a été indivisible de la tentation d’une hiérarchisation des hommes et des cultures, du jugement de valeur : haut – bas, bon – mauvais ; moderne – ancien… : une réflexion pour sa nature même ego-référentielle et subjective, qui sert à justifier des rapports de domination – ou éventuellement d’idéalisation – mais ne sont pas très utile à un dialogue et à une compréhension plus profonde de la diversité.

Cela nous rappelle les problèmes posés par l’orientalisme, théorisé par E. Saïd ; en ce sens on pourrait dire que le regard sur l’Italie et sur l’Europe méditerranéenne a le plus souvent été un regard imprégné d’exotisme. D’n exotisme tempéré par des formes de proximité, bien sûr, mis encore présent et puissant aujourd’hui.

Ma réflexion voudrait être un peu différente : malgré la forte impression de décadence de l’Italie politique actuelle, elle aimerait essayer de décrire, d’observer, d’abord sans juger. Cela est naturellement très difficile, puisque notre langue-même n’est pas libre de connotations positives ou négatives.

Mais observer l’Italie en condamnant – ou en idéalisant – est une partie du problème : c’est un élément qui entrave un dialogue ouvert. C’est relié à une position de supériorité ou d’infériorité que nous attribuons à nous-mêmes, et qui ne peut pas être objectif. Cela pose un problème fondamental à l’ère de la globalisation : comment affirmer et défendre des identités – locales ou sociales, ou personnelles – puissantes et efficaces, dans le sens qu’elles supportent l’action et la résolution de problèmes, dans dénigrer ni idéaliser l’autre, dans une position d’ouverture et éventuellement de défense d’intérêts, mais dans le respect de l’altérité ?

Ce sera un défi central pour nos sociétés du futur, confrontées probablement à une mobilité croissante.

Plusieurs aspects, qui m’intéressent depuis longtemps, seront au centre de la réflexion et – j’espère – de la discussion : ils seront des hypothèses de travail qui accompagneront l’observation quotidienne. Entre autres :

Le rôle historique de l’Etat :

  • L’Etat faible / absent en Italie – L’Etat confessionnel en Espagne ;

Les conséquences des expériences autoritaires et fascistes ;

Le concept de « amoral familism », propose par Edward C. Banfield, (Moral Basis of a Backward Society , 1958) et largement discuté depuis.

Le rôle de l’église catholique et notamment la sociabilité catholique :

  • La religion des laïques et ses conséquences ;
  • Le rôle de la papauté, mais aussi des confréries, des ordres religieux et des paroisses (qui sera l’objet de mon projet de recherche).

Les caractères de la famille et de la parenté, ainsi que la crise démographique actuelle et ses conséquences ;

Formation, culture et médias. Le problème de la démocratie italienne actuelle est-il aussi un problème de formation ?

Une attention particulière sera consacrée aux diversités du cas italien et du cas espagnol.

 

Das andere Europa.

Ein historisch-anthropologischer Blick auf den Süden – Gedanken für ein Reisetagebuch

 

Italien – und das südliche Europa – werden in der Schweiz und im Nord-Westen des Kontinents traditionell als etwas «Anderes» wahrgenommen, als etwas wesentlich Verschiedenes. Wobei seit Jahrhunderten das Bild zweigeteilt ist:

Auf der einen Seite Faszination: Wärme, Meer, Landschaft, Abenteuer und Sinnlichkeit; la dolce vita…

Auf der anderen Geringschätzung, manchmal offene Abneigung: Rückständigkeit, Dekadenz, Korruption, Kriminalität, Unvernunft, Gleichgültigkeit, mangelnder Staatssinn, Kindlichkeit, Machismo…

Seit langem taucht immer wieder das stereotype Bild des von Teufeln bewohnten Paradieses auf: ein Bild das v.a. auf den Süden Italiens projiziert wurde und wird.

Wobei diese beiden Seiten durchaus zusammenhängen: Seit der Aufklärung wurden aussereuropäische Länder einerseits – auf einer Skala die zum Fortschritt und Wachstum führt – als zivilisatorisch unterlegen betrachtet; andererseits war eine starke Sehnsucht nach dem Wilden und Einfachen, Unverdorbenem und Sinnlichen zu spüren, die zahlreiche nördliche Intellektuelle – von Goethe über standhal bis Max Weber… – im Süden fanden. Wobei die Sexualität meistens eine wichtige unterschwellige Rolle spielte: das Bild des Wilden, der dem Tierischen näher, aber auch sexuell potenter ist, als die zivilisationsmüden Europäer – meistens Männer, aber nicht nur… – ist bis heute ein treuer Begleiter jeder Auseinandersetzung mit fremden Kulturen. Das südliche Europa spielte, in diesem Szenario, die Rolle einer Mittelstufe zwischen Wilden und zivilisierten Nord-europäer-innen.

Wir könnten uns lange über die Probleme Italiens austauschen, über die hoffnungslos scheinende Lage des Landes, die Korruptheit und die intellektuelle Borniertheit der Politiker. Wir könnten dieses Klagelied weiterführen, das eigentlich schon 300 Jahre alt ist. Mir scheint es aber interessanter das, was in Italien bzw. im Süden Europas passiert, unter einem anderen Blickwinkel zu betrachten. Nämlich als mögliches Indiz dafür, was morgen in der Welt geschehen wird – oder zumindest geschehen könnte. Wie ein Freund von mir richtigerweise bemerkt hat, hat Italien oft allgemeine historische Entwicklungen vorweggenommen. Beispiele:

  • Mussolini hat den internationalen Faschismus begründet und inspiriert.
  • Nach dem zweiten Weltkrieg, als die Linke überall im Vormarsch war, hatte Italien die grösste kommunistische Partei Europas. Die KPI hat den sogenannten «Eurokommunismus» wesentlich geprägt.
  • Silvio Berlusconi hat seit den 80er Jahren ein politisches Repertoire erfunden und in seinem Land zur Norm erhoben, das heute nun weitgehend von Donald Trump in den USA wieder aufgenommen und weiterentwickelt wird.

Warum es so ist, ist schwierig zu erklären. In Italien standen einige wesentlichen Bausteine moderner Gesellschaften immer auf schwachen Füssen. Ein funktionierender «moderner» Staat bleibt hier noch ein Wunsch, die Effizienz der kapitalistischen Wirtschaft liess schon immer zu wünschen übrig – der Süden ist wirtschaftlich immer noch unterentwickelt.

Diese Schwächen öffnen den Raum für politische und gesellschaftliche Experimente und für gewisse Neuerungen.

Vielleicht sind es gerade die Probleme der westlichen Demokratien, die die rechten Bewegungen in Europa und in den USA auszunutzen versuchen, um die Staaten von innen her zu schwächen oder zu verändern.

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *